Les coûts sociaux et les risques politiques élevés associés aux décisions budgétaires très difficiles que devront prendre les États-Unis et les pays de la zone euro laissent présager une volatilité continue des marchés des changes, des actions et des obligations, selon Warren Jestin, économiste en chef de la Banque Scotia et co-auteur de prévisions complètes dévoilées à Toronto, à l'occasion de la conférence sur les perspectives de l'économie et du marché pour 2012 et 2013 de la Banque Scotia.
Fred Ketchen, directeur des opérations sur actions, a animé les exposés livrés par plusieurs éminents spécialistes de l'économie et des marchés de la Banque Scotia, dont M. Jestin, Alan Clarke, économiste spécialiste du Royaume-Uni et de la zone euro, Camilla Sutton, chef stratège, Devises, et Vincent Delisle, directeur des stratégies de portefeuille.
« Ces derniers mois, les marchés financiers ont été ébranlés par les craintes accrues des investisseurs au sujet des perspectives de croissance mondiale, de la crise de la dette publique européenne et du peu de progrès fait par Washington pour juguler son déficit budgétaire abyssal, a déclaré M. Jestin. Les ajustements structurels requis pour vraiment assainir les finances des pays les plus lourdement endettés et déficitaires pèseront sur la croissance de ces derniers jusqu'au milieu de la décennie. Certains pays d'Europe parviendront à dégager de légers gains mais la croissance sera globalement nulle en 2012 dans la zone euro, car les compressions dans le secteur public et le désendettement privé feront basculer plusieurs économies (ou les feront s'enfoncer plus profondément) dans la récession. »
Plusieurs grandes lignes se dégagent de l'exposé de M. Jestin :
• La croissance de la production en 2012 peinera à atteindre 2 % aux États-Unis même si les taux d'intérêt continuent de frôler des creux historiques et si les compressions budgétaires sont reportées, ce qui semble très probable vu le chômage élevé, la fragilité du secteur du logement et les difficultés financières auxquelles se heurtent les gouvernements d'État et les administrations locales.
• De nombreux pays émergents voient également leur économie s'essouffler, mais la croissance en 2012 devrait tout de même frôler 9 % en Chine, 8 % en Inde et 4 % au Brésil. Les pays développés « traditionnels » restant à la traîne, les marchés émergents représentent plus de deux tiers de la croissance mondiale, part qui a toutes les chances de se maintenir pendant tout le reste de la décennie.
• Dans l'ensemble, la croissance canadienne devrait être semblable à celle des États-Unis en 2012 et s'afficher sous les 2 %. La demande intérieure sera soutenue par les mégaprojets du secteur des ressources et les investissements dans les infrastructures publiques. Cependant, l'augmentation des dépenses des ménages sera freinée par un ralentissement de la création d'emplois et par l'hésitation plus nette des consommateurs à accroître leur endettement, lequel atteint déjà des niveaux records par rapport au revenu disponible.
« La production de la zone euro se contracte déjà; la question est seulement de savoir jusqu'où le phénomène ira et combien de temps il durera, a indiqué M. Clarke. La bonne nouvelle, paradoxalement, est que la situation a empiré à un point tel qu'il en sortira très certainement quelque chose de positif. Nous assistons à un crescendo. Les autorités n'ont plus droit à l'erreur et n'ont plus qu'une alternative : soit elles mettent tout en œuvre pour tourner la page d'un chapitre particulièrement sombre, soit elles ne font rien et laissent la zone euro se déliter. Trois scénarios peuvent être envisagés :
• Scénario le plus optimiste : Les gouvernements s'entendent sur des mesures favorisant une union budgétaire plus étroite, une plus grande supervision, des sanctions automatiques, voire l'émission d'euro-obligations. Cela suffirait à rassurer les marchés, en leur montrant que la BCE ne fait de cadeau à personne. Si la prise de mesures décisives par la BCE et les gouvernements d'Europe peut redonner confiance aux marchés, le phénomène pourrait se renforcer de lui-même, en entraînant un regain d'optimisme de la part des entreprises et des consommateurs et en redémarrant la reprise.
• Scénario le moins pessimiste : Les décideurs européens échouent à restaurer la confiance, provoquant une importante contagion de la périphérie vers le centre. Cela impliquerait un durcissement marqué des conditions monétaires dans les principaux pays face au plongeon des marchés boursiers, à l'aplatissement baissier de la courbe des taux et à l'explosion des écarts entre les taux interbancaires (BOR) et les taux des swaps indexés sur le taux à un jour (OIS).
• Scénario le plus pessimiste : Les scénarios concernant le taux de change de l'euro, les actions et les taux obligataires en cas de dissolution de la zone euro impliquent des indices PMI situés entre 20 et 30 et une contraction d'environ 4 % en glissement trimestriel du PIB. Cette situation doit être évitée à tout prix, mais les autorités le savent et feront selon nous tout leur possible pour ne pas en arriver là. »
« Dire que les temps sont difficiles est un euphémisme, et les risques qui pèsent sur nos perspectives sont importants, a affirmé Mme Sutton au sujet des perspectives des devises. Un atterrissage brutal en Chine, une détérioration marquée des perspectives européennes ou une croissance décevante aux États-Unis nous amèneraient à réviser nos prévisions. Pour 2012, nous nous attendons à ce que le dollar canadien, la livre sterling, le dollar australien et la couronne norvégienne dominent le marché et à ce que l'euro et le yen se déprécient. »
Plusieurs grandes lignes se dégagent de l'exposé de Mme Sutton :
• Les perspectives de l'euro se sont fortement détériorées au cours du dernier trimestre de 2011, et nous pensons que la monnaie unique poursuivra sa décrue en 2012 pour clôturer l'année à 1,25 $ US. Par conséquent, nous prévoyons que l'euro fléchira par rapport au dollar américain mais que ce dernier sera distancé par la plupart des monnaies autres que l'euro, ce qui représente un scénario atypique.
• La conjoncture actuelle, caractérisée par une forte incertitude, une faible croissance et d'importants déséquilibres mondiaux, crée une toile de fond difficile pour les marchés des changes. La plupart des outils d'évaluation indiquent que les devises sont surévaluées par rapport aux facteurs fondamentaux; toutefois, il est impossible que toutes fléchissent en même temps. Nous prévoyons que les emprunteurs souverains hors zone euro notés AAA surclasseront leurs homologues, et sommes donc optimistes sur le dollar canadien, le dollar australien, la livre sterling, la couronne norvégienne et le dollar de Singapour.
• Le contexte au Canada est difficile et les risques sont importants. Les mesures du risque actuelles suivent une évolution semblable à celle de 2010, non à celle de 2008. À court terme, cela augure bien pour le dollar canadien, qui est fortement corrélé avec l'aversion pour risque. Si l'on en croit l'expérience de 2010, le huard pourrait continuer de fléchir, mais il est peu probable qu'il connaîtra un épisode de volatilité semblable à celui de fin 2008.
M. Delisle a fait part de son point de vue sur les marchés. « La croissance du PIB mondial est projetée à 4,0 % pour 2011 et risque de ralentir pour se fixer dans une fourchette de 3,5 % à 3,8 % l'an prochain. À notre avis, les marchés anticipent actuellement une croissance beaucoup plus faible pour l'année à venir. Les révisions à la baisse des prévisions de bénéfices pour 2012 pourraient de nouveau favoriser la supériorité des obligations en début d'année, et les craintes de ralentissement en Chine pourraient faire perdurer l'incertitude macroéconomique. Au bout du compte, les valeurs qui domineront le marché en 2012 seront déterminées par le ralentissement imminent, l'ampleur de l'atterrissage attendu en Chine et la reprise de 2013. »
Plusieurs grandes lignes se dégagent de l'exposé de M. Delisle :
• Les actions canadiennes ont été plongées en pleine tempête ces derniers mois, les craintes de ralentissement de l'économie chinoise s'étant ajoutées aux perspectives peu encourageantes de la dette mondiale. Les indices cycliques comme le TSX et l'indice MSCI Amérique latine ont tendance à souffrir durant les périodes de resserrement monétaire en Chine. Étant donné que les effets à retardement du cycle de resserrement chinois, qui dure depuis deux ans, se feront sans doute ressentir pendant encore trois à six mois, le TSX devrait encore affronter des vents contraires au début de 2012.
• Pour le début de 2012, les plus récentes enquêtes dans le secteur manufacturier (ISM et PMI) laissent présager une contraction en Chine (indice PMI attendu à 49), au Brésil (49), au Japon (49) et en Europe (46), et une expansion aux États-Unis (53), au Canada (57) et au Mexique (53). La croissance du PIB mondial devrait enregistrer son niveau le plus faible au premier semestre de 2012, mais les attentes pour l'année à venir s'amélioreront au deuxième semestre. Partout dans le monde, on observera un retour à l'assouplissement monétaire, et l'adoption de mesures plus accommodantes devrait contribuer à ranimer la croissance au cours du deuxième semestre de 2012.
• Les mesures d'assouplissement synchronisées et la vigueur des créations d'emplois aux États-Unis pourraient soutenir les actions à court terme, mais nous n'y voyons pas encore un signal d'achat sur les valeurs cycliques ou à bêta élevé. Nos indicateurs tactiques plaident actuellement pour une orientation neutre, laquelle se reflète dans notre répartition d'actif recommandée et notre stratégie sectorielle.
Pour écouter un enregistrement de la conférence téléphonique jusqu'au 13 janvier 2012, veuillez composer le 1-800-408-3053 (appels locaux : 905-694-9451) et entrer le code d'accès 5227876. Pour obtenir un exemplaire du rapport, veuillez consulter la page d'Études économiques Scotia du site
www.banquescotia.com.